Le sourire du vendeur

4 Un peu vendeur

Inquiet, l’homme des ventes et des comptes,

Devant sa glace, se rendit compte

Que son sourire d’homme d’affaire,

Un peu plaqué, parfois forcé

S’étant usé à satisfaire,

A déguiser, à contrefaire

Qui s’épuisait à vouloir plaire

Etait en passe de se casser.

Ce n’était pas un grand sourire

Mais il n’était non plus le pire

Bon an mal an il composait une apparence

De bienveillance, de transparence et de confiance.

Et quand bien même il cesserait de le servir,

C’était le sien, il ne pouvait s’en départir.

En réflexion et conjectures, il s’abîmait.

Ne sachant plus très bien à quel saint se vouer.

Son sourire aux abois qui n’avait plus le choix,

Pour la première fois fit entendre sa voix :

« J’ai mal ici et j’ai mal là !

Vois qui s’agrippe toujours à moi,

Se cachant encore tout tremblants,

Ce sont les effrois d’un enfant.

Et là près de mes commissures,

Cette contraction, c’est une blessure.

C’est un besoin d’amour profond,

De signes de considération.

Si tu poursuis l’exploration,

Tu trouveras une crispation,

Le refoulement de tes colères

Auxquelles je dois mon air sévère.

Puis enfin, ton côté austère

Qui te viens tout droit de ton père !

Il m’a donné ces lèvres pincées

Que j’n’ai jamais pu supporter ».

Remontant jusqu’à la source

Du problème préoccupant,

Le bonhomme tambour battant,

Décida de faire ses courses.

Au marché du discernement

Il demanda expressément

Un bon onguent d’apaisement

Dont les effets durent longtemps,

Un diffuseur de douces chaleurs

Pour se garder de bonne humeur,

Sans oublier le pense-bête,

Celui qui glisse dans ta tête

Les lois de Réciprocité,

Le B, A, BA en société.