L’Environnement, quézako ?

ecolo

Un article de Laurène CLAUDEL

Experte dans les domaines des énergies renouvelables, de la protection de la biodiversité,
de l’animation de réunions de concertation publique, du conseil et
de la formation.

Pour information et commentaires

Lors des concertations publiques qui se tiennent à propos de projets de construction de centrales d’énergies renouvelables (EnR), on peut être amené à observer un phénomène curieux, voire paradoxal et potentiellement problématique – en ce sens qu’il peut conduire à une rupture de l’échange entre les différents parties prenantes du débat : ce phénomène est celui de l’opposition entre un défenseur de l’Environnement (le porteur de projet qui oeuvre en faveur de la transition énergétique) et un autre défenseur de l’Environnement (une association de protection de la nature, par exemple) ! Il est bien difficile, au premier abord, de comprendre pourquoi de telles divergences de points de vue existent, aboutissant parfois à une totale cacophonie, au sein d’un groupe de réflexion/travail, dont chacun des membres se sent manifestement plus concerné que l’autre par… la protection de l’environnement. Chacun défend bien évidemment sa propre conception de l’environnement.

Brève explication et recommandation à l’attention des animateurs de concertations publiques.

Chaque acteur qui porte un projet de construction pouvant impacter le milieu naturel, doit être en mesure de créer sa niche communicationnelle, en fonction de son contexte d’intervention, des gens auxquels il s’adresse, des moyens à sa disposition. Les représentations que chacun (personne, groupe, institution) s’est forgé de l’environnement, de l’humain et de la relation humain – environnement, déterminent une forme de communication singulière. En prendre conscience renforce la cohérence d’une démarche d’information à l’attention des habitants d’un territoire concerné par un projet EnR.

La notion d’environnement ne revêt pas le même sens selon qu’elle est employée dans les domaines scientifique, journalistique ou militant. L’échelle concernée, locale, nationale ou internationale, induit en parallèle des différences sémantiques. Et chacun, de plus, défend des convictions liées à son histoire personnelle et son propre parcours professionnel. Plusieurs conceptions de l’Environnement, décrites par la chercheuse canadienne Lucie Sauvé (1994), coexistent au sein d’un paradigme global. En voici ci-dessous un résumé.

L’environnement problème à résoudre: C’est avant tout l’environnement biophysique, support à la vie, qui est menacé par les pollutions, les nuisances, les détériorations. Il s’agit d’en préserver la qualité ou de le restaurer.
Exemple de métier/statut associé à cette conception: l’ingénieur en bureau d’études, le technicien en réserve naturelle.

L’environnement ressource à gérer: c’est le patrimoine biophysique collectif, associé à la qualité de vie. Cette ressource est limitée, s’épuise. Il s’agit de la gérer dans la perspective de développement durable et de partage équitable.
Exemples de métier/statut associé à cette conception: le développeur de projets EnR, l’économiste.

L’environnement nature à apprécier, à respecter, à préserver: c’est l’environnement originel “pur”, celui dont l’Homme s’est dissocié, et avec lequel il doit apprendre à renouer des liens afin d’enrichir sa qualité d’être. Nature-cathédrale, Nature-utérus, l’on y renaît.
Exemples de métier/statut associé à cette conception: le naturaliste, le poète.

L’environnement biosphère où vivre ensemble et à long terme: c’est le vaisseau spatial Terre, ce monde fini, dont parle Albert Jacquard (1991), la Terre-Patrie d’Edgar Morin et Brigitte Kern (1993), cet organisme auto-régulateur que James Lovelock (1986) appelle Gaïa. C’est un lieu d’unité des êtres et des choses, objet de la conscience planétaire, cosmique.
Exemples de métier/statut associé à cette conception : le philosophe, le visionnaire.

L’environnement milieu de vie à connaître, à à aménager: c’est l’environnement de la vie quotidienne, à l’école, à la maison, au travail, dans les loisirs. Ce milieu de vie est imprégné de composantes humaines, socioculturelles, technologiques, historiques, etc. C’est son propre environnement. Il s’agit de le transformer en vue de transformer le quotidien. Chacun doit devenir créateur de son milieu de vie.
Exemples de métier/statut associé à cette conception: le géographe, l’aménagiste.

L’environnement communautaire où s’impliquer: c’est l’environnement d’une collectivité humaine, un milieu de vie partagé, avec ses composantes “naturelles” et anthropiques. C’est un milieu de solidarité, de vie démocratique, où il faut apprendre à participer activement à la transformation de réalités.
Exemples de métier/statut associé à cette conception: l’animateur social, le politicien.

Parvenir à identifier, dans le discours de son interlocuteur, sa conception de l’environnement (ou celle de l’institution qu’il représente), et ce en quoi elle diffère de la sienne (ou de celle de l’institution que l’on représente), est le préalable à tout débat sur la question environnementale. Car malgré l’éthique globale qui réunit, ces divergences de représentations sous-jacentes doivent être, a minima, appréhendées dans le feu de l’action ou, au mieux, identifiées en amont, pour garantir la réussite du débat. Cela nécessite de l’entraînement à l’analyse du contenu qui s’offre à l’animateur pendant le débat, des mises en situation préalables et, bien entendu, un petit travail sur soi…

Bien à vous,

Laurène CLAUDEL

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